mardi 24 janvier 2012

Nouvelle Calédonie

Quel accueil à notre arrivée! Il est 2h30 du matin, et, alors que nous scrutions la nuit pour repérer les bateaux au mouillage, on entend quelques appels au loin. Puis un feu à main illumine la digue du Port Moselle. Pas de doute, la famille est réveillée. On s'interpèle de bateau à digue à fort renfort de décibels puis on les voit tous prendre leurs jambes à leurs cous pour faire le tour du port et nous rejoindre au ponton visiteur. Ils sont tous là, les parents de Capucine (Philippe et Blanche), ceux d'Adrien aussi (Hervé et France), ainsi que ses frères et sœur (Etienne, Augustin, et Claire). Trop sympa d'être là, à récupérer nos amarres avec une bière fraiche et du camembert.


Le lendemain matin, l'administratif reprend le dessus. Visite des services sanitaires qui repartent avec 2 oignons, 3 patates et de l'ail qui seront détruits sous autoclave pour sauvegarder l'île. Ensuite, on attend les douanes et l'immigration. Les douanes ont 2 h pour arriver sinon, c'est ok. La veille de Noël, pas de douane, donc c'est bon, par contre il nous faut la visite de l'immigration.... et là ça traine... Tant pis, déjeuner en famille au bar du port « le bout du monde » avec aussi Hugues et Patricia Bourgeois qui reviennent tout juste d'un tour du monde en famille et en cata. Il se trouve que Hugues a des parts dans un chantier local et y emmène Adrien et le safran pour lancer la réparation au plus vite. Ça se présente bien. Vincent (soudeur) attaque dès lundi et Clive (fibre de verre) prend le relais ensuite. Tout sera fait au plus vite et on renforce la mèche pour la forme.
Ensuite, on se retrouve tous au gite Robinson la veillée de Noël en famille sous une belle pluie tropicale. La messe de Noël sera en compagnie de la communauté Wallisienne. Les femmes sont très élégantes avec des robes de toutes les couleurs et paillettes. Enfin, retour au gite pour continuer Noël en famille. On est vraiment arrivé juste à temps... ouf.
Ascension du mont Dore pour la famille Belloy. Le temps est un peu menaçant mais on tente le coup. La montée sera sèche, mais la pluie nous tombe dessus au sommet. Du coup, la terre rouge devient très glissante.... tout le monde y passera au moins une fois. C'est donc bien rouges que nous arrivons en bas. Apéro à bord du Capado le soir avec Dominique et Angélique Bonte (cousins de Capucine) et Benoit Birot (ami de la famille Belloy), vivant à Nouméa. C'est un peu tassé mais le Capado a heureusement un grand cockpit.

Le 26, on apprend que l'immigration ne se déplace plus, du coup en route pour leur bureau grâce à la Clio prêtée par Benoit. L'après midi, Hervé, France, Etienne, Augustin et Claire partent pour Poe sur la côte ouest de l'île. Adrien démonte l'autre safran et part le donner à Clive pour référence avant de refaire l'autre. Les douaniers visitent aussi le bateau et cherchent la quille, pas très habitués aux bateaux moderne sans puisard.
Cap et Adrien partent rejoindre au petit matin les Belloys au camping de Poe. Au programme, court de Kite surf pour Etienne et Adrien, farniente, snorkeling pour les autres. Etienne en perfectionnement et Adrien en ignare débutant. Le plan d'eau est au top, il y a pied partout. D'abord un peu de pilotage de l'aile sans planche, puis de la nage tractée et enfin, on s'essaie avec la planche. Quelques belles gamelles mais aussi de premiers bords prometteurs. Le virus est attrapé... Plus qu'à s'équiper. Le soir, on tente un barbecue mais il pleut en fin d'après midi et on manque de matériel. Un voisin mieux équipé nous aidera heureusement. On récupère ainsi la fin de ses braises et quelques unes des nôtres pour faire griller les crevettes. Laborieux mais on s'en sort. En guise de bungalow, c'est une boite vide en bois où chacun met son lit de camp et puis c'est tout.

Le lendemain, départ à deux voitures pour une excursion vers le centre de l'île. La végétation est superbe, entre les flamboyants, les pins colonaires et milles espèces de fleurs. Un régal pour les yeux. Puis retour par la côte en visitant chaque baie. Ce lagon est vraiment magnifique. On passera dans une mangrove où les attaques de moustiques se font incessantes. Il y en a partout. Un vrai combat s'engage pour exterminer ceux qui sont déjà dans la voiture, une fois les fenêtres fermées. On dine le soir dans la maison prêtée par les Thomas (amis des Bontes).
Les safrans sont prêts. On peut donc les remonter et Clive aura eu la bonne idée d'y mettre l'antifouling. Donc c'est du plug and play. Adrien s'y attelle avec Philippe. Le Capado est à nouveau au complet, et ce en un temps record. Un grand merci à Vincent et Clive. L'après midi, toute la famille visite le centre culturel Tjibaou représentant la culture Kanak.

Les Kanak (ça ne s'accorde pas) sont le peuple d'origine de la nouvelle Calédonie avant que les blancs ne débarquent. Un Kanak bien connu est Christian Karembeu. Suite à quelques abus de force commis par la métropole, le centre vient comme une reconnaissance de ce peuple et de sa culture. Jean Marie Tjibaou était un des leaders du mouvement pour la Kanakie libre et fut tuer par l'un des siens suite au traité de Matignon établissant un début vers une cohabitation pacifique. Le centre est superbe, dessiné par le même architecte que le centre Pompidou, Renzo Piano.
Ce soir, on débarque tous chez Benoit Birot pour un diner Calédonien. Sashimi de thon en entrée, puis cerf mariné avec pommes de terre. Un régal et une belle performance pour une tablée de 13.

Le Capado peut naviguer à nouveau donc on embarque tout le monde en direction l'ilot Amédé et son grand phare marquant la passe de Boulari. Peu de vent, et malgré le poids des 9 personnes à bord, le Capado glisse bien sous reacher. Une fois au mouillage, c'est pique nique sur la plage en compagnie de la famille Bonte au complet. Puis on profitera du show de danse tahitienne organisé pour les touristes venant en navette. Hormis les touristes, on partage la plage avec des serpents colorés appelés Tricots rayés, mortels mais pas agressifs. Certains les mettent même autour de leur cou. On ne s'y est pas risqué.... Retour sous voile puis moteur pour mouiller à l'ilot Maitre juste en face de Nouméa. Diner à bord puis une partie de Barbu (jeu de carte, traditionnel dans la famille Belloy) endiablée. Les parents partent le soir avec la navette alors que les jeunes restent à bord. 4 dans les couchettes et un dans le carré. Ça passe.

Le temps est gris et ne se prête pas trop au snorkeling, du coup toute la famille Belloy est réquisitionnée pour gratter la coque. Claire avec son apnée de chanteuse s'occupe de l'hélice et de la quille. Hervé et Adrien attaquent la coque immergée. France, Capucine, Augustin et Etienne nettoient au dessus de la flottaison. Quel luxe de pouvoir le faire à autant. Ça promet un bonne glisse. On peut rentrer à port Moselle et s'attaquer au nouvel an qui sera chez les Bontes. La coutume locale est que chaque famille fasse un feu d'artifice. La ville devient donc un vrai champ de bataille que l'on admire depuis le balcon. 3, 2, 1, BONNE ANNEE....

2012 commence sous la pluie. On tente d'aller au cinéma, mais il est fermé. Du coup c'est repos et projection à la maison. Capucine a perdu quelques fichiers dans son ordi, donc on lance la mission récupération menée par Augustin et Adrien. Un peu de stress. C'est le dernier soir avec les Belloy, donc on va fêter ça au restaurant. Etienne repart ce soir pour le Cambodge et le lendemain Augustin rentre à Los Angeles, Claire en Angleterre et les parents à Nantes. Trop sympa d'être tous venus d'aussi loin. Avec toutes ces distances, il était inespéré de nous retrouver ainsi, sur une belle île en plein Pacifique.

Pendant que Capu et Blanche font l'avitaillement, Adrien et Philippe chasse le fémelot. Les fémelots de l'hydrogénérateur ont encore cassés, donc il faut des modèles plus costauds. Les accastilleurs du coin savent à peine ce que c'est. Heureusement, Philippe pense à l'école de voile. Elle est immense, et superbement équipée. Le responsable matos sort alors une caisse pleine de fémelots. Inespéré. On en trouve 2 beaux bien costauds. On attaque ensuite le rangement du bateau et de la maison puis un bon resto bien mérité avec Blanche et Philippe.
Nettoyage encore le lendemain et visite de pas mal de curieux, le bateau interpèle. Diner chez les Bontes. Blanche et Philippe partent le lendemain pour Sydney. Drôle de sensation que de se retrouver à nouveau seuls après tout ce temps intense passé en famille.


Pas de fenêtre météo satisfaisante pour aller à Sydney, donc on en profite pour aller à l'île des Pins. Le ciel est gris, on est au près. On fait donc un arrêt dans la grande baie du sud, pour un mouillage paradisiaque, seul dans une petite crique bordée de végétation et de terre rouge. Pas une vague, ni même une ride sur l'eau!
Le temps est meilleur, on reprend la route et arrivons au coucher du soleil dans la baie de Kuto à l'île des pins. C'est magnifique.
Le lendemain, nous mouillons dans la baie de Kanuméra, juste à côté, pour plonger. En arrivant, on dérange un Dugong (appelé aussi vache marine). Belle plongée mais le mouillage bouge trop pour dormir, on rentre donc à Kuto où Véronique et Angélique (cousines de Capucine) nous rejoignent pour l'apéro avant d'aller diner à leur hôtel.

Grâce aux cousines qui avait réservé le scooter, nous partons sur notre belle monture à la découverte de l'île dans le sens trigonométrique. Première escale au point de vue sur l'ilot brosse, puis dans la baie de Saint Joseph, avant le moment fort de la visite: la piscine. Un petit tour à pied au travers de l'hôtel Méridien pour déboucher sur une baie à couper le souffle puis on s'engage dans la rivière de sable avant de se plonger dans la piscine. Un bassin de sable blanc baigné dans une eau turquoise avec plein de poissons et protégé de la houle par une barrière de cailloux. Pas trop de monde heureusement malgré la renommée du site. On en profite à plein avant de reprendre notre monture direction la baie des crabes (grande étendue de sable remplie de crabes) puis la baie de Gadji au Nord Ouest de l'île. Enfin nous passons dans la baie de Uamoe pour une petite glace avant un retour dans la baie de Kuto. On s'aperçoit qu'un autre bateau est venu au mouillage, un paquebot rempli d'Australiens. La plage est bondée. Du coup, on va admirer la vue depuis l'embarcadère, puis un ultime saut par une baie à coté de Vao avant de rendre le scooter, un brin poussif dans les cotes, mais super pour visiter. L'île est juste superbe, un petit paradis.


On n'a pas fini de s'en mettre plein la vue. Le lendemain, on quitte la baie de Kuto pour l'ilot Brosse. L'eau y est d'un bleu encore jamais vu. Le bateau bien mouillé entre les récifs, on se lance dans le tour de l'île à pied. Le sable est blanc immaculé. On y croise un beau tricot rayé puis on s'engage dans la foret puis la brousse avant de déboucher à nouveau dans notre mouillage. On y aura vu toute une palette de bleus, de verts, au grès du soleil. Le ciel change, il est temps de rentrer à Kuto sous spi avec un affalage un peu chaud mais tout va bien.

Le retour vers Nouméa est de ces navigations qu'on voudrait tout les jours, beau temps, le vent qu'il faut, et un cadre enchanteur. On arrive le soir même à Nouméa et empruntons le corps mort d'un bateau qui vient de partir (après renseignement auprès des voisins). De toute façon, on retourne au ponton le lendemain, maintenant qu'il fait beau, il est grand temps de boucher les trous des anciens fémelots et remonter les nouveaux. Donc nettoyage des coffres arrières de fond en comble et bricolage. Dans toutes les visites de gens intéressés par le bateau, un saura même que c'est un Fox 10,20. Impressionnant. On retrouve aussi Jérôme, pote de régate d'Adrien qui s'est installé à Nouméa. Le soir, on dine une dernière fois chez les Bontes qui partent le lendemain pour des vacances en Tasmanie.
Avant le départ, personne ne vend de guide nautique de l'Australie, donc on partira quand même avec un guide touristique histoire d'organiser notre arrivée au mieux. Heureusement que l'on trouve des blogs de navigateurs très détaillés pour avoir les renseignements nécessaires à notre prochain voyage. Le soir, Jérôme et Agathe nous invitent à un barbecue chez eux. Au menu, cote de bœuf du Vanuatu accompagné d'un ashar de coco. Succulent. Une bonne soirée sympa.
Adrien part sillonner le port autonome pour faire les formalités de sortie: douane, immigration puis capitainerie du port autonome, et enfin le papier de sortie est signé. Vive les vélos pliants! Capucine rempli la cambuse et on rentre à deux, les sacs à dos bien chargés. Le soir, Agathe et Jérôme passent au bateau et finalement restent diner, encore une super soirée. Il est bien difficile de quitter cet endroit magique et on comprend bien tous les navigants qui y ont élu domicile.


Il est temps de partir pour Sydney. Il fait beau, et peu de vent. Tant pis, c'est donc lentement que nous quittons petit à petit le lagon. Jérôme et sa sœur nous retrouvent avec leur bateau à moteur et en profite pour quelques photos peu spectaculaires vu la pétole, mais c'est toujours sympa d'avoir des photos du bateau vu de l'extérieur. Au revoir la Nouvelle Calédonie, on essaiera de revenir, c'est promis...


mercredi 28 décembre 2011

De Raiatea à Nouméa


Départ à 6h du matin le 3 décembre 2011 pour 2380 nm. On attaque sous spi sous un ciel un peu chargé. Voyons Bora Bora s'effacer puis Maupiti, au revoir la Polynésie française et merci. Dans la traditionnelle houle croisée, il faut se ré amariner petit à petit. Dans la nuit, un paille en queue a voulu se poser sur notre girouette et l'a cassé, merci bien. Ce n'est pas un perchoir!
Commence pour nous un enchainement sans fin de changements de voile. Le vent est très instable et les grains menaçants. On enchaine Spi de tête, spi fractionnel, foc, GV avec 1, 2 ou 3 ris... Tout le jeu est d'estimer si le grain est pour nous, et comment il va frapper. Capu devient une experte en la matière et les paris vont bon train. A chaque fois, c'est un peu la surprise! La routine commence à être rodée à bord pour les manœuvres, et donc notre temps de réaction réduit au fur et à mesure que notre entrainement s'intensifie. En effet, ça ne va pas en s'améliorant.
On mettra 3 jours pour passer une zone bien nuageuse. Ensuite c'est la promesse d'un meilleur vent. On s'aide même de temps en temps du moteur pour accrocher au plus vite le vent espéré.
Une nuit, un booby squatte notre panneau solaire tribord, et il revient le lendemain avec un pote. Un peu de bateau stop ne fait pas de mal apparemment. L;'atterrissage est assez scabreux! Le bout de bôme est d'abord envisagé, puis le panneau, mais faut éviter la canne à pêche pour y arriver et bien se poser sur le bord du panneau, sinon ça glisse et un coup de roulis leur offre une belle glissade.
Le 6, nous croisons 2 bateaux de pêche, au milieu de nulle part. Dans la soirée, après un empannage pour se mettre sur la route, on sera même en route de collision avec l'un d'eux. Dingue. Ce dernier nous laissera courtoisement passer.
Grâce à la levure de boulanger apportée par Blanche et Philippe à Tahiti, on s'attaque au pain. Et ça marche! Un régal. Depuis le temps qu'on est parti, il était grand temps de savoir faire du pain... Dans notre lancée, on fera des petits pains aux raisins secs un autre jour, aux olives, et aussi des pizzas. On améliore ainsi notre alimentation.
Le 8, on lit quelques blogs que Capu avait copié pour savoir ce qu'il y a à faire aux alentours de Nouméa. Un peu de couture sur la chaussette du spi fractionnel, ainsi que sur son sac.
Le jour suivant commence alors un grand jeu de patience! Le vent nous quitte. C'est une mer d'huile! Aïe, on fera même seulement 15 miles nautiques en 24h, un record de lenteur. Les seules fois où on est plus lent, c'est au mouillage. On commence à douter sérieusement de pouvoir rallier Nouméa pour Noël. Le 11, on retouche enfin un peu de vent après un point météo avec Hervé. Il faut contourner la bulle par le nord. Donc en avant sous reacher et GV, le moral revient. 3 petits thons jouent avec notre vague d'étrave, impressionnant. Hélas, à la tombée de la nuit, un énorme grain arrive par le nord et bouche l'horizon. On affale foc et GV en catastrophe. On établit le bateau sous 3 ris et trinquette. Ça souffle vraiment fort, on est en fuite. Du coup, tout nos efforts pour rallier le nord sont anéantis! Tant pis pour le contournement de la paroisse, le vent est trop instable. Du coup, on tente de profiter de chaque souffle, de chaque nuage pour nous rapprocher des Tongas. Les changements de voile sont incessants. Le temps se fait long quand le bateau se traine!
Le 14, nous passons enfin les Tongas. Dans la pétole pour ne rien changer. Juste en sortant de l'archipel, un banc de thon passe derrière nous en laissant un de 3,5 kg sur la ligne. Un régal en sashimi le soir même et cuit avec du paprika le lendemain. L'eau est chargée de plancton en tout genre ainsi que de larve de corail. On espère que ça ne va pas trop s'accrocher sur notre coque. Déjà qu'on n'est pas bien rapide, alors de la végétation en plus...
Le soir, c'est l'enfer. Grains sur grains! On enchaine les manœuvres comme jamais. Le repos sera pour le lendemain. Au petit matin, on croise une île sans lumière. C'est une drôle de sensation.
Le vent se stabilise un peu, on avance enfin de façon raisonnable sur la route. Le 17, nous passons de TU -12h à TU +12h en passant l'antéméridien. Donc instantanément, nous passons du 17 au 18 décembre. 24H en un rien de temps.
Le 18, on se rapproche d'un dépression qui nous donnera derrière un bon vent portant pour rallier Nouméa. Mais il faut d'abord la passer. C'est au travers, dans une mer de plus en plus grosse que nous attaquons la bête. On croise un pécheur dans la nuit ainsi que des petites lumières clignotantes qui nous font craindre un filet. Heureusement, on passe sans encombre. Toujours sous foc et GV 2 ris, le bateau bien gité. Mais vers minuit, des petits grains s'enchainent qu'on arrive à passer en faisant le gros dos lors de la première risée. Quand un grain approche, après toute notre phase de questions, arrive l'approche. Tout d'abord, on ressent un air frais descendre des hauteurs. Puis une risée bien violente tombe sur le bateau, suivie de la pluie (en générale forte à très forte). Le vent baisse mais la pluie reste. Une fois le grain passé, il n'y a plus de vent pendant une durée proportionnelle à la taille du grain. Seulement, passé une certaine taille, non seulement le vent est fort dès le début, mais il dure tout le long de la pluie. C'est ce dernier typede grain qui nous met par terre vers 3 h du matin. 45 nœuds de vent d'un coup d'un seul. Le temps d'affaler la GV, les patins de tête et des 3 premières lattes sont cassés. La mer est déchainée et on est trempés jusqu'aux os. On est pour de bon dans la dépression. La pluie ne cessera pas de toute la nuit. Donc on remet les patins à la frontale et en ciré pour relancer de la toile et se remettre sur la route. Au petit matin, on remet tout bien. La dépression est passée nous donnant un vent de sud tant attendu. Encore une nuit où on a troqué les manœuvres contre le sommeil. A 15h, on envoie le spi de tête. Capado cavale à nouveau. La houle s'organise un peu, ça bouge encore pas mal, mais nous avons enfin le système qui nous emmènera jusqu'à Nouméa. Quel soulagement!
Dans la journée du 20, Adrien à la barre voit un panache sortir de l'eau. Sans être trop marseillais, il était plus haut que la fontaine sur le lac à Genève! Une belle baleine à en juger par la tache d'eau turquoise qu'on voit, tel un récif. La baleine fait d'abord mine de passer à 500m sur notre babord, puis change de route et on se retrouve en route de collision! Vite, hydrogénérateur à l'eau et on démarre le moteur, histoire de bien signifier notre caractère non animal. Le message est passé, la baleine s'arrête à 100m du Capado. Ouf!
Le soir même, à la tombée de la nuit, on perd le contrôle du bateau.... Impossible de le garder en ligne. On affale le grand spi, le petit spi ne sera pas plus convaincant. On craint une défaillance dans la tringlerie des safrans. Vidage des coffres arrières et contrôle, mais tout à l'air en ordre. On se met sur l'autre bord, et là on retrouve un peu de contrôle, étrange. On retourne en babord amure, mais le bateau est toujours aussi instable. On se dit que vu l'état chaotique de la mer, babord amure n'est pas très adapté. Donc on passe la nuit en tribord amure, on y verra mieux de jour.
Effectivement, en plongeant la camera, on constate que le profil du safran tribord est descendu le long de la mêche d'au moins 40 cm. Donc voici notre safran tout neuf d'Aruba rendu totalement inefficace. Il nous reste 300 miles nautique, et bien sur à faire en un bord, babord amure, donc en appui sur le safran défaillant.
Tout se lie pour nous empêcher d'arriver pour Noël à Nouméa. Le moral en prend un sacré coup. On se croyait enfin sorti d'affaire avec une belle météo stable jusqu'à la fin, et nous voici obliger de sous toiler le bateau pour qu'il aille droit. Heureusement, on a une équipe à terre de choc, et en rien de temps, Hervé et Philippe trouvent un réparateur pour le safran et nous assure d'une place au port pour notre arrivée. Donc il nous reste à prendre notre mal en patience. En effet, la mer va devenir de plus en plus forte forçant le Capado à réduire la toile. Nous sommes plus que sous foc, parfois même avec 1 ris dans celui ci, et avançons entre 4 et 5 noeuds. Le pilote luttant à chaque vague, il faut être en permanence à coté de la barre en cas de dérapage incontrôlé.
Finalement, le 23 Capado s'approche de l'ile des Pins et la houle se fait plus calme. On entre dans la passe de Sarcelle avec le courant (un peu de réussite ne fait pas de mal) et redécouvrons la stabilité. Qu'il est bon de se déplacer à bord sans être éjecter à chaque vague. Encore un peu de patience pour une arrivée de nuit à Port Moselle à Nouméa le 24 décembre à 1h50 locale.

samedi 24 décembre 2011

Polynésie Française

A peine arrivés que nous rencontrons nos voisins de ponton «Confiance » et « NKWASI ». Ensemble nous allons au bureau du port qui était fermé le week end. L'accueil est super, on nous donne même un petit guide avec toutes les informations pour les bateaux. Ce qui sera très vite utilisé, il n'y a pas une minute à perdre. On sort les vélos, et c'est parti pour un tour de tous les magasins. Il y a de tout et c'est rassurant pour la suite des réparations. Le soudeur vient d'ailleurs dès le lendemain matin pour nos boulons de quille bien ressoudés dessus dessous avec la promesse que ça ne bougera plus (les soudures d'origines étaient trop légères). Ensuite c'est nettoyage intégral. Après 30 jours de mer, ce n'est pas du luxe. On commence à apprécier la vie locale avec un bon diner à côté d'une roulotte. Les tahitiens sont aussi costauds que leur amabilité est grande, du coup les assiettes sont énormes pour nos petits estomacs de blanc. Espadon et Saumon des dieux en doggy bag pour le lendemain aussi. Un régal.
Pour réparer le pont, un petit tour en bateau s'impose. On quitte le port de Papeete pour aller de l'autre côté de l'aéroport. Il faut appeler la vigie avant de passer chaque bout de piste pour obtenir le feu vert. Notre tirant d'air est un danger pour les avions! Capado accoste à couple de Samba, le trimaran de Michel. Pendant que ce dernier regarde les dégâts, on attaque la révision des winches. On s'accorde sur un prix avec Michel, on reviendra le lendemain, après quelques courses de matos avant d'attaquer le gros œuvre.
Le soir, nous allons accueillir les parents de Capucine à l'aéroport. Il fait nuit, et malgré l'heure tardive, nous sommes pris en stop à la troisième voiture. Incroyable. La gentillesse des locaux n'est pas une légende, et nous le vérifierons à chaque fois. Ça met de bonne humeur. Accueil avec collier de fleur et au lit.
Une bonne nuit et Adrien attaque les travaux avec Michel. Pendant les 3 jours suivants, Capado restera à couple de Samba pour réparer, entre les grains, et Capu s'attaque aux autres multiples tâches tel que nettoyage des Inox, nettoyage des coffres arrières, de l'annexe, etc.
Ça y est, le pont est réparé, bien plus costaud qu'avant. On rajoute à ça une autre journée de peinture et de petites bricoles en tout genre. De retour à Papeete, nous retournons aux roulottes qui occupent une grande place en bord de quai. On peut y manger local, chinois, et même crêperie bretonne!
Le 21, on remonte l'hydrogénérateur et les bouts. Ado file chez API récupérer le spi qui avait besoin d'une petite couture sur le galon de chute. D'ailleurs, pour les intéressés, la voilerie, à l'image du reste de la ville, est très compétente, et bien fournie. La grande psychose à Panama était de dire qu'il n'y a rien en Polynésie, et bien c'est faux. Une frégate militaire américaine entre dans le port, accueillie en grandes pompes. A 18h, on met les voiles direction Hua Hine. Ça fait plaisir de reprendre la mer et d'attaquer enfin le tourisme à proprement parler.
Après une nuit un peu agitée par quelques grains, nous arrivons à Fare à 11h30. C'est superbe. L'entrée dans la passe avec la houle déferlant de chaque côté et quelques surfers en profitant a tout du cliché. Surtout avec une belle eau turquoise. Visite du village puis première plongée rapide. Adrien verra un requin à aileron noir de 1m20. Bienvenu dans le Pacifique.
Le lendemain, nous faisons une balade en bateau dans le lagon, direction la maison d'Eric et Celine rencontrés à Portobelo. On mouillera juste à côté où le gardien local, Siky vient nous raconter sa vie depuis sa pirogue. Pour partir, il nous faudra plonger pour débloquer la chaine prise dans des petites patates de corail. Capu au moteur et à la barre, Philippe au relevage de la chaine, et Adrien dans l'eau. En route pour Bora Bora.
Le temps est assez gris, et tourne vite au mauvais. On ira a Bora Bora un autre jour, on s'arrete donc à Tahaa, plus proche. Première escale au Yacht club de l'Hibiscus avec repas. Il pleut sans arrêt donc c'est atelier lecture à bord. On projette de visiter une ferme perlière pour le lendemain. La plus proche est dans une baie voisine. En rentrant dans cette dernière, on voit plein de cordes partout (surement pour tenir les huitres), et ne sont pas mises assez profond. D'ailleurs Capado en prend une dans la quille. Qu'à cela ne tienne, on contourne l'ile par le sud pour y rejoindre une autre ferme. Le yacht club sur place n'existe plus, mais on trouve quand même un corps mort. On nous prévient que le propriétaire de ce dernier n'est pas commode, mais heureusement il est parti en week end. A 15h, on visite la ferme, avec explication rapide de la technique de greffe de l'huitre ainsi que les différentes qualités de perles et leur classification. Très instructif, mais une perle reste hors budget. La sécurité du lieu est assurée par 2 grosses oies fort intimidantes....
Le soir, on dine dans le jardin d'un local qui y a monté une roulotte fixe spécialisée dans la cuisine de Malaysie. Un régal, et toujours aussi copieux!
Le soleil revient, on peut donc aller à Bora Bora. Après une navigation rapide sous spi, nous arrivons au joyaux des iles sous le vent. Et bien, ce n'est pas surfait! Le lagon est splendide. Direction le yacht club de Bora Bora pour un corps mort. On crapahute ensuite un peu pour rejoindre le village et voir les quelques boutiques. Avitaillement au Super U avant de retourner au bateau et se baigner avec les poissons juste sous la terrasse du yacht club.
Au matin, on quitte le yacht club pour une tentative de passage vers le sud de l'île par la côte Est. On contourne donc toute l'île, entre les motus (ilots de sable blanc et palmiers) et l'eau allant du bleu au turquoise. Le fond remonte petit à petit. Capu se poste à l'avant pour repérer les patates de corail et commence le slalom. On arrive ensuite à une passe très très étroite et qui a l'air bien encombrée de coraux. Vu le vent fort, engager le Capado dans ce champ de mines n'est pas raisonnable. On est quit pour une superbe balade. On retourne donc côté sous le vent de l'île et prenons un corps mort au Bloody Mary, plus au sud. Pied a terre, on ira donc au sud de l'île à pied. On arrive sur une superbe plage publique (les hotels, nombreux s'accaparent souvent les plages) avec quelques bateaux de faible tirant d'eau au mouillage. Après un bon déjeuner, on continue jusqu'à la pointe Matira, occupée par l'hôtel Intercontinental. Une petite baignade et retour au bateau.
Dans la nuit, du fait de fortes rafales qui s'engouffrent dans la baie, Capado se prend la quille dans le corps mort. Du jamais vu!!! Il faut tout larguer et ensuite se déplacer à taton pour trouver une autre bouée.
Au menu du jour, autre mouillage derrière un motu où se trouve l'hotel Hilton. L'eau est vraiment superbe avec vue sur la barrière de corail. On tente une plongée sur un patate voisine mais sans grand résultat. Pendant ce temps, Philippe a réservé une table au Hilton. Donc tout le monde dans l'annexe (le moteur aura le bon goût de fonctionner jusqu'à l'hotel). On débarque sur une plage de sable si blanc qu'on en a mal aux yeux. Le cadre est très sympa avec les cahutes sur l'eau, et d'autre dans la végétation. On profite donc de la piscine à 2 étages, puis du restaurant avant de se prélasser sur la plage et aller voir les poissons sous les cahutes. L'hôtel y fait de l'élevage de corail et les poissons ne sont pas farouches du tout, ainsi on a tout le loisir des les observer de près. Le mouillage étant trop venteux pour la nuit, nous retournons au Yacht club de Bora Bora.
Direction Raiatea, au près, dans une mer forte, l'équipage n'est pas à la fête. On tente d'aller à la marina d'Uturuoa, ville principale de Raiatea, mais il n'y a plus de place donc on va à la marina d'apooiti à l'ouest. Les chiens du capitaine du port récupèrent nos amarres, mais n'ont pas encore bien compris le système des taquets.... Le lendemain, on rallie Uturuoa en stop pour un peu de shopping. Pour le stop, on scinde le groupe, Blanche et Philippe d'un côé, Cap et Ado de l'autre. Victoire pour les Lorys à l'aller, mais revanche est prise au retour. On attaque aussi quelques lessives et douches. Le soir, nous buvons le vin offert par les Du petit Thouars en l'honneur de leur ancêtre. La bouteille est parti avec nous depuis Marseille, un exploit! Le jour suivant, on fait un aller retour en bateau à Uturoa pour y faire les pleins de fuel et de nourriture, et aussi faire la sortie de Polynésie française à la gendarmerie. A 16h, Blanche et Philippe nous quittent pour prendre leur avion pour Papeete avant leur autre avion pour Nouméa où on se retrouvera. Le bateau est prêt pour une autre traversée.
On note que pendant notre séjour, nous avons vu très peu à aucune décoration de noël. On est loin de nos rues commerçantes de métropole illuminées 3 mois avant l'arrivée du gros barbu tout rouge. Le culte de Santa est inexistant. Sans doute à cause du prix de l'électricité, ou que dans ces contrées chaudes, on a du mal à s'identifier à un gros blanc qui glisse sur la neige.
Au cours de nos rencontres avec d'autres bateaux, on se rend compte que finalement notre traversée du Pacifique fut assez rapide. En effet, certains ont mis 32 jours pour rallier les marquises depuis les Galapagos. D'autres ont perdu leur étai dans la houle croisée (heureusement qu'ils l'avaient doublé), d'autres ont pris la foudre aux iles Malpedo (en sortant de Panama) et se sont dérouté sur l'Equateur. D'autres encore on eu de la houle croisée pendant 16 jours, déchirant ainsi leur génois tangoné, et la liste s'allongent. Donc, pour ceux qui se lancent dans le Pacifique, penser aux rattrapes mou, ainsi qu'à quelques pièces de rechange. Il y aura de la bricole sur le chemin, mais le jeu en vaut la chandèle. L'accueil sur place est inégalable.