mardi 16 avril 2013

De Grenade à Marie Galante

Repus de langoustes et de retrouvailles, nous attaquons les formalités d'entrées. Entre le Brésil et l'Afrique du Sud, où il nous fallait une demi journée pour ne pas être des immigrés clandestins, on a été bien surpris de finir les formalités en 20 minutes chrono. Que c'est reposant!!!! Dans la foulée, on va à Spice Island Marina et là encore tout est simple et explicite. Le rendez vous est donc pris pour le lendemain à 14 heures pour sortir le bateau. Tout fut si rapide qu'on a le temps de faire un tour à Saint Georges, retrouver l'ambiance unique des taxi co, et le smoothie inégalable à côté du marché.
On est prêts, habillés en mode crado, le bateau se retrouve dans les airs le 19 mars à 14 heures. On commence par gratter la coque, puis on démonte les safrans et le bout dehors. Enlever l'antifouling est vraiment crevant, donc un bon burger au big Fish fera l'affaire. Pour pouvoir travailler, il faut fuir les grandes chaleurs. On se lève super tôt pour finir de gratter la coque et passer la première couche d'antifouling. Au fur et à mesure que le soleil évolue dans le ciel, notre zone de travail change: toujours rester à l'ombre. Le lendemain, même punition, on attaque tôt et on finit presque à la frontale.
Erik est dans la baie, on va donc diner ensemble à Saint Georges. Il y a un monde fou en ville. C'est le championnat inter-universitaire de l'ile. Tous les jeunes sont là, certains brandissant des trophées d'athlétisme, de sport collectif ou de culture générale. Diner à la cantine du coin, le Créole Shack. La nuit nocturne s'arrête vite, il est 10 heures et il ne reste que les plus motivés ou les plus éméchés. Autant dire que le retour en taxi co fut des plus animés.

Une demi journée pour tout finir... On finit dans les temps, mais de peu. Ouf. Le bateau est tout beau, tout polishé et avec un nouvel antifouling, un bout dehors bien vernis. Et en plus, il flotte! On retourne au mouillage juste à coté et y retrouvons Sputnik et Toucan. Tout le monde à bord de Sputnik pour un grand au revoir après tout ce bout de chemin parcouru ensemble. Gareth et Erik lèvent l'ancre dès qu'on a quitté le bord. Bons vents à l'étoile filante jaune.
Après le travail manuel, un peu de travail de bureau. Il va bien falloir vendre le bateau, donc Capu s'attaque à la plaquette et aux petites annonces. On se retrouve le soir sur Toucan pour la correction de notre plaquette en anglais.
C'es le week-end, autant aller le passer à Hog Island dans notre mouillage mythique en compagnie de Pierre et Nicole. Chasse à la Langouste, maintenant devenue un rituel. Quelques petites prises pour Adrien alors que Pierre, en bon maître chasseur, ramène une bête comme on avait encore jamais vu. La tête fait la taille d'un pied! On les aide à plier leurs voiles avant le cyclonage d'Anegada, puis festin de roi à base de langoustes bien sûr.
Retour à Prickly Bay où Anegada sort de l'eau alors que nous voyons Salamander arriver dans la baie. Que de retrouvailles. Toute l'équipe se retrouve donc chez Salamander avant d'aller à terre pour une bonne pizza et une soirée quizz. L'équipe TouCaSa (Toucan, Capado, Salamander) n'a pas démériter et finit bon avant dernière.
Départ pour la Martinique. C'est une drôle de sensation que de passer aussi vite toutes les Grenadines. Nous avions mis un mois à les visiter, et là Capado glisse sous le vent de ces iles si petites et si évocatrices de souvenirs. Alors que nous étions habitués à des horizons vides, on est étonné de voir autant de voiles sur l'eau, on croisera même une régate de nuit. Le 28, nous sommes au Nord de Sainte Lucie, et un gros thon de 6 kg s'invite à bord. Record du bateau. On arrive ensuite au marin et quelle ne fut pas notre surprise de retrouver Erik. Le nombre de bateaux dans ce cul de sac est impressionnant, des mâts à perte de vue. Tout est organiser pour les bateaux, on peut même faire les courses en annexe. Grâce à un bateau voisin au mouillage, on a pu garder le thon au frais et ainsi déguster un succulent tartare le soir même à bord de Sputnik.
Aujourd'hui, c'est vacances aux antilles. On va naviguer à bord de Sputnik, découvrir des sensations bien différentes sur 2 coques, mouiller devant les salines grâce au routage pointu de Gilles alors que le bateau est mené par Nicolas (ancien équipier d'Erik), Erik et Emy. Ça a du bon les vacances. Retour sous gennaker, à pleine balle. Le Sputnik va vite. Super gentiment, Nicolas nous prête sa voiture et nous permet d'aller chercher Soline et Jean Pierre à l'aéroport.
Qu'ils sont pales!!!! Vite à bord du Capado pour un premier apéro.
Au matin, on fait les papiers de sortie du bateau puis on enchaine avec un petit tour au marché local avant de lever l'ancre pour une grande navigation extrême de 3 nm et mouillons à Sainte Anne. Baignade, retrouvailles avec Paul (navigateur solitaire hollandais rencontré à Richard's Bay et croisé à Cape Town). Puis le soleil descend sur l'horizon, il est temps du baptême du feu pour nos invités. Départ sous spi jusqu'au célèbre Diamant puis on passe sous foc pour passer sous le vent de la Martinique. Les quarts commencent, Soso et Jean Pierre tiennent le coup. On passe ensuite sous le vent de la Dominique, ce qui requiert pas mal de réglages des voiles, on dort peu. Le matin arrive et les Saintes se profilent devant nous. Le dernier canal est assez agité mais nous offre un thon de 4 kg en guise d'excuse. A la mi journée, nous entrons dans l'archipel des Saintes. Comme tout le monde est vaillant, on fait un petit tour sous voile pour repérer les lieux. Finalement nous mouillons au sud du Pain de Sucre, au pied du Chameau (point culminant des Saintes). Des dauphins enchantent les baigneurs chanceux. L'eau est super claire, le snorkeling est très joli.
Plouf le matin, puis les douaniers viennent nous contrôler. En fait ils voulaient surtout voir le bateau qui a l'air de plaire. Ils nous recommandent de prendre un scooter pour faire le tour de l'ile. Pourquoi pas? On l'envisage donc pour le lendemain.
Départ à pied vers le centre ville où débarquent les touristes charriés par le paquebot qui vient de mouiller à côté de notre baie, dégageant même un catamaran à coups de trompe. Tous les scooters sont loués! Zut, puis on regarde une carte de l'ile et il s'avère que nous avons déjà parcouru plus de la moitié de l'île à pied. Le scooter paraît bien inutile alors. Quelques tourments d'amour pour nous requinquer et nous attaquons l'ascension du fort. Un beau point de vue sur l'archipel et un peu d'histoire avec la légendaire bataille des Saintes, grande victoire des anglais sur une flotte française désorganisée. On redescend et jetons notre dévolue sur un restaurant à côté de l'aérodrome. Quelques courses et retour au bateau, on en a plein les pattes mais un scooter aurait été complètement superflus.
Au petit matin, JP et Ado montent le Chameau, ascension raide mais un très beau point de vue au bout. Petit détour ensuite par une petite chapelle qui surplombe le mouillage. Enfin on quitte ce dernier pour prendre une bouée à l'ilet Cabris. On rencontre l'original du coin, le seul habitant de l'ile, qui s'est fait un atelier de poterie et utilise l'argile ramenée chez lui par la pluie. On enchaine sur une petite balade vers les ruines du fort en son sommet. C'est vraiment très joli par ici.
Les figaristes de la transat Bretagne Martinique ne vont pas tarder à arriver. Pour accueillir Yoann, on décolle direction Saint Pierre (village au nord de la Martinique). Navigation au près, pas vraiment marrante et arrivée à la tombée de la nuit. Bon resto pour se remettre de nos émotions et gros dodo. Visite du marché, papiers d'entrée à l'office du tourisme et on enchaine vers les anses d'Arlet. En chemin, Jean Pierre et Soline démêlent notre ligne de pêche. Après 2 touches bien trop grosses, le moulinet a rendu l'âme alors nous passons à la ligne de pêche textile et on remontera à la main dorénavant. En passant devant Fort de France, on voit un 5 mât barque déployer petit à petit ses voiles et prendre de la vitesse. C'est un bien gros vaisseau et un beau spectacle, la croisière de luxe, ça a du bon finalement.... En arrivant à Grande Anse d'Arlet, on retrouve Yannick et Sylvie (les parents de Yoann) qui ont loué un bateau pour l'arrivée de leur fils.
Au matin, on tente un coup de chasse à la langouste qui se solde par 2 petites brésiliennes. Pas de quoi nourrir notre équipage hélas. Puis Adrien monte au mât du bateau de Yannick pour repasser une balancine cassée. Un trois mât rentre dans la baie, c'est le Rara Avis de l'association Bel Espoir du Père Jaouen avec ce dernier encore à bord malgré son grand âge. En cadeau de Noël en Nouvel Calédonie, les parents d'Adrien nous avait offert un livre sur ce personnage et son association. Ça fait plaisir de voir que l'association tient toujours.
En l'honneur de Jean Pierre qui est basque, nous avons du poulet basquaise au diner avec Yannick, Sylvie et Emilie.

Le 7, les figaristes sont enfin là. On lève l'ancre alors que Cercle Vert de Gildas Morvan passe au large, puis nous accueillons Fabien Delahaye sur Macif avec un bout de chemin ensemble. Après on se lance au près direction Sainte Anne. Jean Pierre en profite pour s'essayer à la barre. Anthony Marchand sur Credit Mutuel arrive ensuite, empannant juste à côté de nous. On arrive à Sainte Anne et pas de Yoyo en vue. On mouille donc pour prendre un café et repartir une demi heure plus tard. Hélas notre timing était faux. « Capado de DLBC » sonne à la VHF!!! Oups, on est à la bourre. Yoyo est en train de passer dans notre sud. On n'aura jamais aussi vite enlever l'ancre et mis les voiles. JP à l'ancre alors que la GV commence déjà à monter, on abat et le spi est lancé. Trop tard, Yoyo est devant et va plus vite. On discute sur la VHF puis on le voit nous semer allègrement. Ambiance régate à bord du Capado. Grâce au détour au fond de la baie que doivent faire les compétiteurs, on arrive à couper le fromage est arriver devant Fort de France juste après Yoyo et célébrer avec lui cette superbe 5eme place et surtout une première transat en solitaire bien méritée. Retrouvailles poignantes à terre avec les coureurs et d'autres venus à la fête aussi, tels qu'Antoine et Marie Astrid (amis de Southampton).
Le matin, JP et Adrien sont réquisitionnés pour aider à ranger le bateau de Yoann, qui en a bien besoin. On sèche ce qu'on peut, on nettoie le lieu de vie, un petit tour dans le mât pour repasser une drisse cassée la dernière nuit, et voilà le figaro en meilleure forme. En même temps, Capucine et Soline font le plein d'eau, la lessive et les courses. Le Sun Odyssey 42 de Yannick et le Capado se retrouvent ensuite à l'anse à l'âne pour un peu détente sur la plage avant la grande soirée. Tout le monde à Fort de France, les 3 premiers donnent une soirée de fin de transat. Toute la bande se retrouve dans un bel hôtel à faire la fête. Puis la troupe retourne au port pour l'arrivée de Damien Guillou et la fête continue. On enchaine à bord du Sun Odyssey 42 avant que quelques survivants arrivent au Capado. Ce fut court mais ce fut super de retrouver ainsi tout le monde et surtout de retrouver Yoann qui nous a tant aidé pour la construction de Capado.
L'avion de Jean Pierre et Soline quitte Pointe à Pitre le 11. Pour se remettre de la veille, on ne rallie que Saint Pierre. Il ne faut pas pousser non plus. Ensuite on se lance vers le Nord. De gros grains à répétition nous ralentissent fortement, puis plus de vent, ce qui n'arrange toujours pas nos affaires. On s'arrête donc dans la baie de Prince Ruppert au nord de La Dominique. A notre surprise, nous retrouvons Gwennili que nous n'avions plus vu depuis Richard's Bay. Apero rapido puis nous allons diner au Blue Bay. Direction Pointe à Pitre. Pour une fois on est à l'heure pour un rendez vous....

Ainsi Jean Pierre et Soline quittent le Capado après un super séjour en leur compagnie avec pas mal de navigation au compteur pour pouvoir voir les Saintes et en même temps accueillir Yoyo à Fort de France. Apparemment ils ne sont pas dégoutés de la voile, ouf.
On peut presque faire les courses en annexe, quel luxe. Dernière escale en France avant un bon bout de temps alors on fait le plein de provisions. 2 aller retours seront nécessaire pour remplir nos placards à ras. On met le bateau au quai pour faire le plein d'eau (1 euro pour 100L) avant le plein de fuel. Un bateau moteur fait la queue devant nous. Après que le grand voilier qui prenait le ponton le libère, le bateau moteur décide de se mettre en plein milieu, nous empêchant d'accoster aussi. Capucine hèle pour demander d'avancer, seul un local nous répond et transmet notre requête. Sa réponse tombe comme une vérité universelle « il y a des cons partout ». Le pompiste arrive à faire entendre raison à la personne précédemment citée et nous voici donc aussi au ponton. Non mais des fois on se demande.... Bref, on rajoute quelques malheureux 38 littres à notre stock et c'est parti pour Marie Galante. Alors que Jean Pierre et Soso on toujours eu une mer agitée, nous avons une mer calme et 12 noeuds de vent, à tel point que ça en est agréable de faire du près. Si agréable que Capu barrera même pendant un bout de temps.
On découvre le petit village de Saint Louis et le calme absolu de ce mouillage. On y retrouve aussi Gwennili. Notre bref entrevue à la Dominique avait un goût de trop peu, alors on dine ensemble autour d'un cassoulet créole et du rhum Bielle (production locale, médaille d'or 2011 et 2013).

Les antilles françaises se terminent pour nous. On aura bien sillonné la région, plus sur l'eau qu'à terre. Merci beaucoup à Soline et Jean Pierre d'être venus profiter avec nous de ce coin. On a eu de la chance que les figaristes arrivent dans le peu de temps qui nous était imparti, et ce malgré une météo super compliquée. Un grand bravo à Yoann pour cette belle transat. Le 13 avril, on se dirige maintenant vers Antigua et son charme so british.
 

lundi 25 mars 2013

Du Brésil à Grenade

Le 6 mars 2013, nous quittons la rivière de Jacaré, à la mi journée. On reprend notre trace de l'aller pour éviter les hauts fonds de la rivière puis nous voilà dehors. Après tout ce temps au calme sur la rivière, le bateau parfaitement plat, la houle nous rappelle combien ça peut bouger à bord. Dernière bouée du chenal contournée, on abat, cap au nord et envoyons le reacher.
Toucan est droit devant nous et nous nous rapprochons petit à petit. Mare Liberum est tellement petit qu'on n'arrive pas à les voir sur l'horizon. Finalement, on est à hauteur de Toucan. Les appareils sont de sortie pour de belles photos avec une mer bien formée. Puis on les laisse dans notre sillage alors que la nuit tombe. Au revoir Toucan, on espère vous revoir dans les caraïbes.
Les milles défilent vite sous reacher et GV 2 ris, avec un peu de courant qui nous pousse. On dépasse vite le cap le plus oriental du Brésil. L'idée est de continuer un peu plus nord pour éviter tout le trafic, les pécheurs et les éventuels dangers flottants charriés par l'amazone. De plus, on espère traverser le pot au noir assez vite est ainsi avoir un meilleur angle de vent pour contourner la Guyane Française. Dans la journée, le vent adonne et nous voilà sous spi. Il va tellement tourner que l'on doit empanner. Ça ne se passe pas exactement comme prévu. Ce n'est pas vraiment très rapide, mais c'est confortable.
Le 9 mars à 10:31 TU (temps universel), nous franchissons l'équateur. Cette fois ci, point de champagne chaud et pas très bon pour Neptune, mais des pièces de monnaie de quelques pays où nous avons été. C'est une tradition Sud Africaine, alors pourquoi pas? En plus, le champagne à 7 heures et demie (locale), c'est un peu hard core. Nous voici donc de nouveau la tête en haut avec la Grande Ourse qui pointe son nez à l'horizon. On passe alors sous reacher puis des dauphins s'invitent à la fête. Ils viennent vers nous à toute vitesse, faisant des bons hors de l'eau. Ensuite ils jouent avec le bateau, surfant la houle à notre vent avant de rejoindre notre vague d'étrave. Du beau spectacle.
Le soir, notre PC de bord rend l'âme, pas cool. On enlève le tout, prenons le PC de backup, retrouvons les connections, quelques configurations à faire et nous voilà à nouveau opérationnels. Après 2 ans de bons et loyaux services, le pauvre PC qui était déjà bien vieux, nous aura au moins ramené dans l'hémisphère nord.
En général, on a des nuages de minuit à 16 heures avec du vent un peu instable et pas mal de grains mais peu violents heureusement. On a hâte de retrouver les alizés et sortir de cette zone de transition. Seulement cette dernière joue avec nos nerfs, chaque fois qu'on se croie sortie, elle nous ré englobe. Donc on manœuvre pas mal pour adapter la surface de la GV au vent éternellement changeant.
Le 10, nous voyons une voile à notre vent. On les appelle à la VHF. Bateau allemand « Mariposa » parti il y a 20 jours de Sainte Hélène. Le temps de discuter et il disparaît dans notre sillage. Trop rapide le Capado. Enfin pas tant que ça quand son skipper ne prend pas les bonnes options. Tous les jours, nous sommes en contact par email avec Toucan et Sputnik. Toucan est moins rapide sur l'eau mais leur option à la côte s'avère très payante, profitant de 1 à 2 nœuds de courant favorable, ils nous mettent la pilée, et même à Sputnik qui a pourtant un potentiel de vitesse bien supérieur au Capado.
Le 12, alors que le bateau avance vite sous reacher et 2 ris, la ligne part. On enroule le reacher au plus vite, mettons le bateau plein vent arrière pour le ralentir mais le moulinet continue de se dévider. Au loin, on voit une énorme coriphène faire des bonds, elle est vraiment trop grosse. Sans qu'on est le temps de faire quoique ce soit, la ligne arrive en butée et casse. Toute notre ligne est à l'eau. On met pourtant des leurres minuscules qui ne devraient même pas intéresser les gros gabarits tant ils ont la proportion d'un amuse gueule.
A partir du 14, nous nous rapprochons de la Guyane Française et attrapons ainsi le courant favorable. Les moyennes en 24 heures montent régulièrement jusqu'à atteindre 223 milles. Ça avance bien mais ça secoue un peu à bord. Au moins, on reprend enfin des milles à Toucan. Pour les jours suivant, on va reprendre 30 milles par jour en moyenne. Dans les mêmes conditions, le Capado fait enfin parler la poudre et le reacher montre toute son efficacité au largue serré. Le 16, on peut enfin considérer être hors de portée du pot au noir, le ciel est plein de petit cumulus typiques des alizés, le vent est plus stable et la mer moins chaotique. C'est vraiment très agréable.
Dans la nuit du 16, on double quelques lumières dont Toucan, juste à temps avant la pointe Nord de Tobago où ils s'arrêtent. Ouf.... Et un grand bravo à Conor et Marion qui ont fièrement mener leur Ovni 435. Le matin suivant, nous doublons Southern Cross, un lagoon 380 qui fait le World ARC, encore une belle occasion pour faire des photos avec le Capado sous spi fractionnel et 2 ris et Grenade à l'horizon.
On apprend par mail que nos amis d'Anegada sont en chemin aussi, nous rejoignant depuis Union. Dans notre Nord, on voit une tâche blanche, du coup on lofe à fond pour essayer de se retrouver sur l'eau. Erreur, les voiles en question sont d'un tout autre bateau. Dommage. On abat donc à nouveau direction le mouillage que nous avions quitté il y a un an et 8 mois avec Augustin et Claire.
Il est 14 heures, Capado est à l'ancre et Anegada ne tarde pas à nous rejoindre. Pour fêter notre tour du monde et ces retrouvailles, nous hissons le grand pavois offert par tous les amis venus au baptême du bateau à Marseille.
Un vrai expresso à bord d'Anegada. Quelle joie de retrouver Pierre et Nicole après tout ce temps! Puis on reprend les bonnes vieilles habitudes, c'est parti pour une chasse à la langouste. 2 heures plus tard et 2 récifs explorés, et nous voici avec de quoi avoir un dîner de roi. Ce qui sera d'ailleurs le cas à bord d'Anegada. On partage nos souvenirs, nos expériences, les bons plans pour la suite de notre périple.
Le lendemain, direction Prickly Bay pour faire les papiers et trouver où sortir le bateau.
Cette étape aura été rapide, avec un peu de travail pour négocier ce pot au noir récalcitrant, le tout dans un bateau bien gité, et où le reacher fut fort apprécié. On aurait été encore plus rapide en restant à la côte. Le tout fut rythmé par les bulletins météo d'Hervé et les relevés de positions de Sputnik et Toucan. On finit en beauté avec Pierre et Nicole toujours aussi sympathiques et chaleureux.

Milles parcourus: 2127 nm
Temps de parcours: 11 jours 1 heure et 30 minutes
Vitesse moyenne: 8,01 noeuds
 

mardi 19 mars 2013

Brésil

Le 10 février au matin, nous prenons l'annexe pour se renseigner à la marina ainsi que faire nos papiers d'entrée. Carnaval oblige, tous les bureaux sont fermés, donc pas de papiers pour l'instant. On aimerait néanmoins sortir le bateau de l'eau pour un carénage rapide. On se dirige donc vers Bahia Marina à 15 minutes à pied. A 300 mètres de la marina, un mendiant nous approche, on pensait qu'il allait demander quelques sous mais ce dernier nous montre un long couteau de cuisine plaqué contre son avant bras. On n'a pas le temps de réaliser que 4 autres gars courent vers nous. Le pantalon d'Adrien a beaucoup de poches, donc seulement un des voleurs tente de prendre le sac de Capucine avec tous nos papiers dedans. Les soutiens n'arrivent pas et Capu réussit à le faire lâcher prise et tape un court sprint suffisant pour trouver refuge auprès de Brésiliens pacifiques pas bien loin. Adrien reste assis entourés de la bande des drogués au crack. Chacun une poche, et le dernier la montre. Dans leur empressement, on est tout de même sur une rue passante, la montre part en se cassant (perdant ainsi toute valeur marchande, déjà bien faible) et la bande se replie bredouille. On nous avait bien dit que le Brésil et surtout Salvador étaient dangereux, mais on ne pensait vraiment pas se faire braquer à 10 heures du matin sur un grand boulevard. Un chemin que nos amis d'Aletis et Salamander ont régulièrement pris d'ailleurs, mais plus après notre mésaventure. Il est dit qu'à Salvador, les locaux se font braquer une fois par mois. Et bien voilà, même pas un jour qu'on est là et on goute déjà aux spécialités locales. On finit par arriver à la marina puis retour en taxi, on ne se fera pas prendre 2 fois.
On retrouve nos amis Irlandais de Toucan qui ont eu, pour l'Atlantique Sud, la compagnie de leur fils, sa copine et un ami. On lie vite d'amitié et nous voilà à bord de Toucan pour une bonne soirée débridée.
Le lendemain, l'équipage de Salamander nous rend visite. On embarque Julian et c'est parti pour la vieille ville et son internet café. On déjeune ensuite sur la place en testant les plats locaux dont la Feijoada, une sorte de Cassoulet avec une bien plus grande variété de pièces de viande, allant jusqu'à de la langue, bref tout y passe. Ce n'est pas mauvais quand on fait le tri, mais un cassoulet par 38 degrés à l'ombre, c'est un peu riche. En rentrant aux bateaux, on passe par le marché où Adrien passe sous les ciseaux du coiffeurs. 15 reals la coupe, imbattable, et tellement plu frais après.
Le soir c'est carnaval. Toucan, Salamander et nous embarquons dans deux taxis direction la partie plus commerciale du Carnaval. Les bouchons n'en finissent pas. Les taxis finalement font demi tour et se lancent dans un tour de la ville à toute vitesse. C'est du délire, encore mieux que le grand huit. Finalement, nous y sommes!!! La foule est immense, tout le monde connait les danses, les camions aux 1001 enceintes et aux milliards de watt assomment la foule à coup de basses surpuissantes avec les groupes populaires chantant sur les plateformes au dessus. Le chanteur passe sur le camion de tête puis un autre camion suit plus loin avec toujours autant d'enceintes, un bar, des toilettes et un poste de premiers secours. Entre les deux, des cordes sont tenues par des locaux afin de garder le groupe de fans qui ont payé pour être au sein de la caravane. La même musique 5 heures de suite, faut aimer.... Nous on s'éclate à observer tout ca, tassé sur le bord de la route. Attention à ne pas rester sur la voie car chaque convoi ramène une foule très dense qui n'hésite pas à envoyer des coudes en rythme pour se faire de la place. La police militaire veille à tout débordement et ne rechigne devant aucune violence pour appréhender les éléments un peu trop motivés. Autant se tenir tranquille.
Le lendemain, c'est toujours carnaval, mais cette fois on restera dans la vieille ville. On y va tôt car la queue pour prendre l'ascenseur qui nous mène en plein cœur du Pelurinho (vieux quartier) prend vite de l'ampleur avec la fête qui approche. On retrouve Marteen d'Aletis ainsi que les équipages de Toucan et Salamander. On commence par déambuler dans le Pelurinho qui vit au rythme de groupes de percussions, des grosses têtes, des fanfares. Une ambiance bien plus chaleureuse et conviviale que la veille. Finalement le groupe se scinde entre ceux qui veulent aller voir un fameux groupe de percussions (qui a joué avec Michael Jackson) et ceux qui restent dans la vieille ville: Marteen et nous. On teste les différentes brochettes vendues dans la rue, bières et caïpirinhas. Au détour des rues, on suit tel ou tel groupe puis vers 10 heures, une salle de concert ouvre. Samba ce soir. Des brésiliens nous apprennent les pas de danse. Finalement, on passera une super soirée en leur compagnie avant de rentrer bien fatigués et déposer Marteen sur une Moto taxi pour rentrer à la marina.
Le Carnaval est maintenant terminé et il flotte comme une atmosphère de gueule de bois sur la ville. C'est le grand nettoyage, alors on fait de même pour le bateau.
On peut enfin faire nos papiers d'entrée au pays. Une matinée entière ne sera pas de trop avec un peu de marche et beaucoup de patience. A midi, nous avons la joie de voir arriver sur notre ponton Louis Dominique et Constance, oncle et tante d'Adrien installés récemment à Rio, accompagnés de leurs filles Lætitia et Cécile, et surtout Mamidou, la grand mère d'Adrien. Nous n'avions pas vu Mamidou depuis le départ du voyage, et Louis Do et Constance voient le bateau pour la première fois. Vraiment super d'être venus ainsi de Rio. Visite du bateau puis on prend l'ascenseur et déjeuner dans la vieille ville. Ensuite nous allons visiter l'église Sao Francisco. Une façade simple pour un intérieur qui déborde de dorures, il y en a partout. Très en contraste avec le cloitre voisin cintré d'azuleros (carreaux blancs et bleus peints représentant des scènes religieuses). Puis nous enchainons sur l'église voisine avec une guide un brin originale mais francophone. Cette fois ci, c'est la façade qui déborde de motifs alors que l'intérieur est plus classique. Il y a 350 églises à Salvador, à l'époque où les riches familles portugaises étalaient leurs fortunes, il leur fallait de beaux tombeaux et quelques lieux de culte, d'où toutes ces églises. La grandeur de cette ville est bien loin mais heureusement le centre est classé au patrimoine de l'UNESCO et va donc éviter le sort du reste de la ville, la construction galopante sans soucis de maintenir le patrimoine.
Toute la famille est dans une très jolie pousada (auberge). En rentrant vers l'ascenseur, on se trompe d'une rue et trouvons des policiers militaires en train de tenir en joue un groupe de jeunes. Décidément, l'insécurité est partout, et les policiers n'ont pas l'air plus sûrs que les autres.
Après tous ces kilomètres, on se paie un moment de détente avec une sortie dans la baie de tous les saints sur le Capado. Petite navigation de 10 nm avant de mouiller devant une plage de l'ile d'Itaparica. L'eau est à 30 degrés, du jamais vu. On se baigne, on pique nique puis retour au près. Louis Do, Constance et même Mamidou barrent le bateau alors que l'on gite allègrement sur cette mer plate. On dine tous ensemble sur une petite place pas trop loin de leur pousada, carne do sol, feijao, aipim.... Cuisine simple mais méfiez vous des portions, un plat vaut pour deux estomacs européens.
Direction les fameuses plages un peu au nord de Salvador. Toute la famille embarque dans un petit bus, puis on attaque le tour de la ville passant par différents hôtels pour embarquer d'autres clients du tour. On en profite pour admirer un urbanisme ravagé par des complexes qui poussent un peu partout sans forcément les infrastructures qui vont avec. Les plages connues pour le surf, mais on a vu mieux. Nous quittons enfin cette ville tentaculaire pour traverser des dunes de sable blanc et arriver à la Playa do Forte. On nous l'avait présenter comme une réserve naturelle, il n'en est rien. C'est une enclave touristique avec plein de petites maisons, des boutiques à n'en plus finir, et un centre de conservation des tortues, nombreuses à nidifier sur ces côtes. On tente d'aller voir des poissons en snorkeling pendant que Louis Do, Cécile et Laetitia visitent le centre. Le récif est bien vide pour une réserve... Ensuite, tout le monde retourne dans le bus, direction une autre plage pour le déjeuner. On se retrouve en plein Cap d'Agde, avec musique à fond, vrombissement des moteurs des parapentes qui décollent de la plage, et vendeurs ambulants vantant leurs produits. Malgré la population, ces plages sont impressionnantes par leur longueur et très jolie avec leurs cocotiers abondants. Finalement, on passe du bon temps en famille et c'est bien ce qui compte. Retour en bus.
Au bateau, nous retrouvons le père Etienne, officiant dans la paroisse de la favela des Alagados. Cette église fut visitée par le pape Jean Paul 2 en 1982. On prend l'apéro sur le bateau puis on remonte en ville pour le diner. Une soirée très intéressante avec une personne qui vit vraiment au milieu des plus pauvres, tellement nombreux à Salvador.
Le lendemain, c'est dimanche, on se retrouve donc tous dans l'église au milieu de ce quartier qui vivait avant sur pilotis. Le marécage a depuis était comblé petit à petit. Belle messe en Portugais où on a presque tout compris, si si. Puis le père Etienne veut nous montrer une chapelle non loin de là, mais il faut tout de même aller à pied pendant 300 mètres en plein cœur de la Favela. Tant que le père Etienne est en tenue d'homme d'église, on est en sécurité car le respect de la religion est très ancré dans les mœurs, du moins nous l'assure-t-il. Ça n'empêchait pas la police de venir assassiner 50 jeunes par ans juste derrière l'église, justice expéditive en quelque sorte. Cécile et Lætitia sont super blondes, ce qui attire pas mal de regards sur notre passage. De toute façon, une famille de blancs dans une favela ne peut passer inaperçue. Visite de la chapelle puis retour en taxi à l'hôtel.
Un grand merci au père Etienne pour nous avoir accueilli ainsi et partager un peu de son expérience, ainsi qu'aux paroissiens pour leur chaleureux accueil.
Dernier déjeuner puis toute la famille repart vers Rio. On aura passer 4 jours vraiment trop sympas, revoir ainsi la famille en plein voyage était inespéré.
Dans la foulée, on retrouve Alex et Mélanie, eux aussi venus de Rio mais en bus. Quel courage! On ne les avait pas vu depuis Barcelone! Ils ont logés chez Vincent et Marylène, connaissances de Mélanie, dans une superbe maison d'époque et très bien retapée. D'origines bretonnes, et surtout de l'ile d'Ars, on commence par des Caïpirinhas mais on finit par des galettes maison. Au moment de rentrer, on tente de prendre un taxi, mais pas de trafic et rester trop longtemps statique devient dangereux. Changement de plan, Vincent nous fait passer par des rues sûres afin de trouver un taxi. Ouf, on ne voulait pas trop réitérer l'expérience du premier jour.
Une bonne matinée pour faire les papiers de sortie de l'état de Bahia. Déjeuner dans une cantine au kilo, puis une dernière soirée en ville une fois les cales du bateau remplies.
Le lendemain, on attend la mi journée et la marée descendante pour sortir de la baie de tous les saints. On contourne le phare au sud et c'est parti pour du près. On alterne entre pilote et barreurs quand la mer devient trop remuante. Alex navigue depuis longtemps et avoir un barreur supplémentaire à bord est fort apprécié. On tire des bords le long de la côte, face au courant. Autant dire que ca ne va pas bien vite. Mélanie s'adapte bien à la vie gitée, donc tout roule à bord. Un matin, en 1 heure, on pêche deux tazars (des cousins du baracuda) très goutus et d'un bon gabarit pour 4.
Finalement, le 23, le vent adonne et nous permet d'envoyer le reacher rendant les derniers milles bien plus rapides. On est dimanche 24 février à la pointe de Cadabello pour rentrer dans la rivière de Jacare. On retrouve alors Marc et Maria sur Mare Liberum, Chris, Susan et Julian sur Salamander, Marteen sur Aletis. Tout ce beau monde se retrouve à bord du Capado pour une soiréee Caïpirinhas. Adrien ayant perdu le pari sur l'heure d'arrivée s'affaire aux cocktails.
Si on est venus à Joao Pessoa c'est pour kiter. Mare Liberum et Capado avec leurs bardats, direction la plage et le spot à une petite heure de marche. Au cours de la semaine, on prendra de plus en plus le taxi et autres moyens pour éviter cette trop longue marche sous la fournaise. Les journées vont s'écouler ainsi: kite, pic nique sur la plage, re Kite puis retour à la marina pour un grand barbecue avec les bateaux amis.
Le spot est vraiment super à marée basse avec une grande plage en pente douce. Sur place, Junio, appelé the Hand (de part son handicap consistant en 1 gros doigt au lieu de 4 à la main droite, ce qui ne l'empêcha pas d'être un grand champion de windsurf, puis de kite), a un local et loue du matériel. Avec la Gopro d'Alex en plus, on s'amuse à faire pas mal de vidéos.
Après quelques jours, nous rencontrons Libertad de Terry et Silka, partis d'Afrique du Sud pour un tour du monde. Arrivent aussi Toucan avec Conor et Marion, et Usquabae avec Carol et Emile. La tablée pour les barbecues s'allonge. Puis arrive Sputnik, tant attendu, avec Erik et Gareth.
Entre temps le vent est un peu monté rendant le kite bien meilleur. Mark avec son aile de 14, Maria avec son aile de 12 se déhalaient bien dans le peu de vent du début, mais Adrien avec sa 9 était plus à la lutte. Le renforcement du vent arrive donc à point pour explorer d'autres façons de kiter tels que les sauts et l'éternel entrainement aux changement de pied. Tout le groupe progresse bien. Emile prend des cours avec Junio, ainsi que Gareth et Alex. Ils se débrouillent tous les trois très vite, avec une palme spéciale pour Alex.
Encore de belles journées qui se finissent autour du barbecue, chacun apportant sa contribution. Du fait d'avoir été coupé du monde ces deux dernières année, nous sommes un peu décontenancés face à l'importance qu'on pris les tablettes et smart phones. Dès qu'il y a un signal internet, nous perdons vite tout contact avec Alex et Mélanie. Ils nous parlent de toutes les applications qu'il y a et on mesure combien on est largués.
Le 1er mars, Mélanie décolle pour continuer son périple de 5 mois qui l'emmène dans plein de cultures différentes, de la Patagonie au Japon. Merci d'avoir partagé ce bout de Brésil avec nous avant d'explorer le Pérou.
Pour la première fois du voyage, la flotte des tour du mondistes croise la route de ceux sur le départ où qui restent en Atlantique. Étonnamment, les bateaux venant de l'Afrique du Sud sont au mouillage, alors que les autres sont au ponton. Pour les barbecues, chacun des tour du mondiste participe alors que les autres dinent soit à leur bateau soit goute à la cuisine de Christian qui tient le bar de la Marina avec son fils Marc venu lui prêter main forte.
Samedi 2, ce sont les soixante ans de Christian et une belle occasion de faire se rencontrer les deux flottes. On passe une super soirée entre barbecue, littres de Caïpirinha, Musique à fond et Emile qui joue de la guitare. Capu prête main forte au stand cocktails pendant qu'Adrien crame des kilos de viande au bbq. Le lendemain, les cheveux poussent à l'intérieur et il pleut, donc point de kite. On visite le randonneur 11,80 de Christian (un autre) fait de ses propres mains en 5 ans. La philosophie de l'intérieur est très semblable au Capado mais en plus grand. On voit bien le potentiel que peut avoir ce type de plan avec un peu plus de longueur. Alex nous quitte à son tour pour retourner à Rio avec 50 heures de bus en prévision. Courage et merci beaucoup d'avoir fait tout ce bus pour naviguer avec nous.
Il pleut toujours alors Mare Liberum, Sputnik, Toucan et Capado partent pour les formalités de sortie du Brésil qui nécessitent la matinée entière dans des bureaux surclimatisés où un pull ne serait pas de trop, absurde quand il fait 35 dehors. Ça sent le départ, Capu fait les aller-retours en annexe pleine de jerricans pour le plein d'eau alors qu'Adrien gratte la coque bien colonisée dans cette rivière riche en vie sous marine.
On est autorisé à rester 72 heures une fois les papiers remplis. On attaque le gros avitaillement avant une dernière session de kite débridée et un gros 360 à la clef pour Adrien. C'est sans doute la dernière fois que nous allons partager de bons moments avec les amis avant de rejoindre les caraïbes, la foule des bateaux et nos plannings qui diffèrent. Ainsi on embarque tous dans un taxi pour un Churasqueria. Le concept est simple, un buffet libre, des serveurs qui font le tour des tables avec de grandes brochettes de viandes et vous coupent des morceaux à la demande, seul les boissons et les desserts ne sont pas inclus. Mare Liberum, Sputnik et Capado étant dépourvus de réfrigération, il y a une forte volonté de profiter un maximum de la viande. Pleins comme des outres, nous rentrons aux bateaux pour un départ le lendemain.
Mare Liberum ouvre le bal en fin de matinée, puis Toucan après le déjeuner. On voulait partir en même temps qu'eux mais une de nos ancres reste bien accrochée au fond. On lutte puis elle se libère, pas besoin de plonger. Vu le peu de visibilité sous l'eau, c'est rassurant. Nous sortons donc de la rivière avec Toucan en ligne de mire. Plus tard, ce sera au tour de Sputnik de s'élancer.

Ce fut un séjour brésilien très riche, entre la folie du Carnaval, la visite de la famille, la visite de nos amis de Barcelone, le séjour vacances entre kite, amis et barbecues. C'est la fin d'un grand bout d'histoires communes avec cette flotte de bateaux devenus des amis, nous retournons maintenant vers l'hémisphère nord et son parfum d'écurie.
 

mercredi 20 février 2013

Atlantique Sud, de Cape Town (Afrique du Sud) à Salvador de Bahia (Brésil)

Nous quittons Le Royal Cape Yacht Club le 16 janvier à midi, direction le Brésil et tout l'Atlantique Sud devant nous. Une fois n'est pas coutume, on commence au près dans peu de vent, direction le large, bord à bord avec un bateau local. Ce dernier fera demi tour un peu plus loin, alors que le Capado envoie le spi et contourne Robben Island. Quelques otaries viennent jouer avec notre sillage une dernière fois.

La situation est un peu orageuse au début, on a donc pas mal de changements de voiles à faire, c'est un peu l'échauffement. En plus, la soubarbe casse alors qu'on rebondissait sur les vagues contraires au vent. On répare vite fait et c'est reparti. En montant la côte, on croisera deux bateaux de pêche en pleine route de collision. Ils ont l'AIS mais ne bougent pas de leur route, ne serait ce que d'un degré. On passera entre les deux, avec forte abattée pour éviter le premier et l'inverse pour le second. Pour couronner le tout, ils sortent sur le pont pour nous dire bonjour.... La mer c'est chez eux et ils le font savoir. Dans la soirée, on retrouvera un peu de houle croisée et un vent plus soutenu. On passe en mode Indien, soit foc et GV 3 ris. Ça secoue mais ca avance. On est bon pour la lessiveuse pendant 2 jours.

Le 20, nous passons au sud d'Antibes. Le Capado a passé tous les degrés de longitude, soit un tour complet des fuseaux horaires. Ça se fête.

Les conditions sont assez clémentes, spi fractionnel la journée et foc la nuit avec quelques petits grains pas violent. Ça nous permet de nous organiser pour les escales à suivre et se documenter. Capucine avait enregistré pas mal d'infos sur des blogs d'autres bateaux, maintenant il faut lire le tout et faire le tri. L'eau se réchauffe petit à petit mais on a encore besoin de la douche solaire pour se laver. 15 degrés, c'est encore un peu froid...

La navigation devient vraiment de plus en plus agréable. La mer s'organise, le vent est stable entre 15 et 20 nœuds. On en profite pour faire du pain, et de bons plats. Beaucoup de lecture, quelques films sur l'ordinateur. Les couchers de soleil s'enchainent, plus beaux les uns que les autres, on se croirait dans un tableau de Monet.
Après 10 jours de mer, il n'y a plus de trafic du tout, pas un cargo en vue. Et peu de vie aquatique aussi, on est surpris de voir quelques poissons volants. Néanmoins, le 27, la ligne part. On affale le spi en vitesse et prenons 2 ris dans la GV. Ouf, le moulinet n'avait presque plus de ligne à donner. S'ensuit une bonne demi heure de lutte, puis un beau thon Skipjack de 4,5 kg est à bord. Ce soir c'est sashimi de thon, première fraicheur. Le reste passe au four avec des légumes, ainsi on peut le conserver plus longtemps et en profiter pleinement.

Une dorsale anticyclonique nous bouche la route jusqu'à Salvador. Il faut donc faire un gros détour par le nord pour garder du vent et attraper de bons alizés mieux établis. On passera 200 milles à l'ouest de Sainte Hélène avant de bifurquer vers Salvador. Au moment où on se trouve au nord de la dorsale et espérer toucher du vent de Nord Est derrière, cette dernière se dégonfle et l'alizé rentre au secteur Est. On va multiplier les empannages jusqu'aux cotes brésiliennes. Rien de grave, on n'est pas pressés, et les conditions sont vraiment clémentes. Vent stable, mer maniable, grains peu actifs.
L'eau est maintenant à 27 degrés au lieu des 15 du départ. Il fait bien chaud à bord du bateau et les sceaux d'eau sur la figure sont fort appréciés, entre de la lecture ou du Sudoku.

Sur la fin, la mer se reforme un peu, le bateau est moins stable, on doit souvent réduire. On fera souvent spi la journée et foc la nuit avec plus ou moins de ris dans la GV. On n'a pas une super vitesse de rapprochement, mais le Capado, comme un métronome, maintient une moyenne de 186 milles parcourus en 24 heures.

On reçoit un mail d'Aletis qui nous demande des informations sur l'arrivée, mais il s'avère qu'il est devant nous, 250 milles environ. On continue nos empannages en fonction des bascules et de profiter des derniers jours de mer, un peu plus agités. On se sent proche de la terre, le bateau sert de perchoir à 8 beaux oiseaux marins qui se battent pour les places très prisées sur les panneaux solaires. 2 par panneaux, puis les autres hésitent entre le bout dehors, les filières, la capote, les barres de flêches. Ils ont l'embarras du choix, mais veulent les panneaux. Ils ne sont pas farouches du tout et n'hésitent pas à voler très près de nous, ce qui est un peu flippant par cette nuit sans lune....
Finalement, le 9, on aperçoit les tours de Salvador. La ligne part à nouveau. Mais très très vite. Toute la ligne sera dévidée. On affale le spi, ralentissons le bateau et tentons de ramener la bête. Ça tire très fort et notre petit moulinet n'est pas vraiment de taille. D'un coup, on voit une belle coriphène sauter derrière. Elle est énorme!!!! Beaucoup trop grosse pour un si petit leurre. Encore quelques sauts, beaucoup de lutte, et l'hameçon se tord et laisse partir notre diner d'arrivée.
On contourne la pointe sud au coucher du soleil, avec 2 nœuds de courant contraire et le carnaval qui bat son plein. C'est un grand étalage de décibels et de spots lumineux dans tous les sens. On évite de peu une barque de pécheur non éclairée et entrons dans la baie, toujours à contre courant, sous spi, au grès des risées, puis plus de vent du tout. Moteur. On contourne le Fort Marcelo. Il fait nuit noire, on a du mal à voir où on peut se mettre. Finalement, on mouille derrière le Fort en attendant d'y voir plus clair le lendemain.
Une bonne nuit de sommeil bien méritée après cette arrivée haute en couleurs et sons. Nous n'avons que quelques heures de retard sur Aletis. Cette traversée fut vraiment facile et agréable, comme on aimerait en avoir à chaque fois. L'Atlantique Sud est un must!


Pour une route directe de 3332 nm, nous avons parcouru 4551 nm, en 24 jours et 17 heures, soit à une vitesse moyenne de 7,71 noeuds.